PostcolonialNational

Indépendance et réunification : la naissance d'une nation

Par Admin KHEMORIA · 5 juillet 2026

Le 1er janvier 1960, le Cameroun sous administration française devient indépendant — premier des dix-sept pays africains à accéder à la souveraineté cette année-là. L'indépendance est pourtant le fruit d'une décennie de luttes, marquée par la répression du mouvement upéciste et un conflit qui laissera des cicatrices profondes.

Le 1er octobre 1961, après plébiscite, le Cameroun méridional sous administration britannique rejoint la jeune république : la réunification donne naissance à un État fédéral bilingue, cas unique en Afrique. La conférence de Foumban en fixe le cadre constitutionnel.

De la fédération à l'État unitaire de 1972, puis aux décentralisations récentes, la construction nationale camerounaise reste un chantier singulier : faire tenir ensemble plus de 250 groupes culturels, deux traditions administratives et une mosaïque de langues autour d'un destin commun.

Les premières décennies indépendantes sont marquées par la consolidation de l'État et de fortes tensions : la lutte armée en pays bamiléké et bassa laisse des milliers de victimes et une mémoire longtemps tue. Sous la présidence d'Ahmadou Ahidjo, puis de Paul Biya à partir de 1982, le pays cherche sa stabilité entre parti unique, retour au multipartisme au début des années 1990 et décentralisation progressive.

Aujourd'hui encore, la question anglophone rappelle que la réunification demeure un projet vivant, à réinventer. Faire nation à partir de deux héritages coloniaux et de centaines de cultures reste le grand défi camerounais — celui d'une unité qui ne nie pas la diversité, mais s'en nourrit.

Sources

  • Achille Mbembe, La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun
  • Daniel Abwa, Cameroun : histoire d'un nationalisme
  • Accords de Foumban, 1961