Royaumes et chefferies : le Cameroun avant la colonisation
Par Admin KHEMORIA · 5 juillet 2026
Bien avant l'arrivée des Européens, l'espace camerounais est un carrefour de civilisations. Autour du lac Tchad, la civilisation sao laisse dès le premier millénaire des statuettes et des enceintes fortifiées qui témoignent d'une organisation urbaine précoce.
Dans les Grassfields de l'Ouest, des royaumes structurés — Bamoun, Bafut, Nso, Bali — développent une architecture palatiale, des sociétés secrètes régulatrices et un art de cour raffiné : trônes perlés, masques, bronzes à la cire perdue. Le royaume bamoun, fondé au XIVe siècle, inventera même sa propre écriture sous le roi Njoya.
Sur la côte, les cités-États douala contrôlent le commerce du fleuve Wouri et développent très tôt des relations d'échange avec les navigateurs portugais, qui baptisent le fleuve « Rio dos Camarões », la rivière des crevettes — origine du nom du pays.
Au sud, dans la grande forêt, les sociétés fang-beti et les communautés baka organisent un rapport au monde fondé sur la forêt, la parenté et l'oralité, dont les épopées comme le mvet portent encore la mémoire.
Au nord, à partir du XVIIIe siècle, la conquête peule et la formation des lamidats répandent l'islam et une organisation politique centrée sur le lamido, dont Ngaoundéré, Garoua ou Rey Bouba gardent l'empreinte ; ces pouvoirs coexistent avec les sociétés des monts Mandara, restées fidèles à leurs cultes et à leurs terroirs.
De ces mondes divers — sultanats sahéliens, royaumes des hautes terres, cités marchandes de la côte, sociétés forestières — naît la mosaïque camerounaise. Comprendre cette profondeur précoloniale, c'est saisir que l'unité du pays s'est bâtie sur une diversité déjà ancienne, et non sur une page blanche.
Sources
- Engelbert Mveng, Histoire du Cameroun, 1963
- Claude Tardits, Le royaume bamoum, 1980
- Collections du Musée National de Yaoundé